Une radio du futur, l’Onde Interspatiale, couvre les ondes en 2222. Au cœur de ses programmes éclate une crise politique majeure à l’échelle de l’univers, sur fond de premiers contacts extraterrestres.
Format
Fiction sonore
Écriture
Orane Palmieri
Distribution
En cours
Production
En cours
Visuel
Johan Rosemberg
Une dystopie sonore
Le culte du Précieux Liquide
En créant un nouveau monde dystopique, chaotique et incontrôlable, The SF Project tente à sa manière de construire le récit de ce qui nous échappe. Cette fiction sonore laisse l’humour glisser peu à peu vers une satire du déni politique actuel.
Mon geste initial s’appuie sur les données du Shift Project, qui décrit précisément comment nos sociétés devraient agir face au changement climatique, et en imagine l’inverse. L’intrigue se déroule en 2222. Les humains ont colonisé jusqu’à soixante planètes à l’aide d’une énergie illimitée : le P-L, ou Précieux Liquide. Ils lui vouent un véritable culte. L’histoire commence à la mort de son inventeur, le docteur Sultane, à l’âge canonique de 227 ans.
Le scientisme comme matière de fiction
Le scientisme devient une matière première de fiction. Notre rapport à la mort et à la survie de l’espèce aussi. L’humour s’appuie sur nos contradictions actuelles.
L’une de leurs incarnations est Bryan Johnson, qui a su convaincre des milliers de personnes que son mode de vie allait lui permettre d’être immortel, alors que lui-même est atteint d’une maladie incurable. Qu’est-ce qui s’écrit aujourd’hui lorsqu’une découverte scientifique devient le squelette d’une dystopie plutôt que celui d’un plan d’action écologique ?
L’Onde Inter, média officiel
Dans cette fiction, une radio — l’Onde Inter — est le fil conducteur du récit. Elle est animée par les voix d’un duo ayant accès à toutes les informations de l’univers. C’est le seul média officiel. Les présentateur·rices enchaînent les émissions et relaient l’information en prenant appui sur le Guide Galactique, une sorte de Bible irréfutable qui contient la version officielle d’un pouvoir qui les dépasse.
Ce dispositif permet de mettre en scène, très concrètement, la fabrication du récit comme objet politique.
Une voix dans la brèche
Au fil du récit, une présence extraterrestre prend possession des ondes et sème l’incompréhension. Elle s’adresse directement à plusieurs personnages. La Voix porte, en creux, mon propre point de vue d’autrice. Elle est une brèche ouverte dans la fiction pour interroger, depuis l’intérieur, le récit qui se fabrique.
C’est à cet endroit, en faisant dialoguer plusieurs strates de récit, que se situe la réflexivité de l’œuvre.
Deux mondes en collision
L’écriture multiplie les allers-retours entre le monde d’aujourd’hui et l’univers dystopique. C’est ce qui fait sa singularité. Je ne veux pas construire un récit purement imaginaire : le dialogue entre ces deux réalités, et leur décalage, font apparaître le comique.
Je parodierai ainsi des émissions culinaires, des séquences de micro-trottoirs, des débats politiques de grande écoute ou encore des critiques littéraires.
Une tragédie cyberpunk
Je souhaite écrire un récit de prime abord divertissant, empreint d’humour, d’aventure spatiale et des codes de la science-fiction et du cyberpunk : des genres populaires qui me nourrissent depuis longtemps.
Les enjeux politiques et climatiques apparaissent dès le début, lorsque l’univers est confronté à la mort du docteur Sultane. L’humour devient de plus en plus noir, jusqu’à la révélation d’un mensonge d’État. La pièce est pensée comme une tragédie où, in fine, l’espèce humaine devrait quitter son enveloppe charnelle pour laisser l’univers en paix.
Cette solution arbitraire s’adresse à toutes les personnes qui, comme moi, souffrent de voir proliférer les inégalités et les injustices. Il reste néanmoins une once de positif : l’acceptation, la résilience. Ce n’est pas un acte suicidaire ; il s’agit de chercher à comprendre ce qui se cache de l’autre côté.
Raconter comme acte de résistance
The SF Project est né d’un sentiment d’impuissance face à un monde qui s’écroule sans qu’aucun récit collectif ne se concrétise en actes politiques. Faire évoluer cet univers et ses personnages dans un monde qui peut apparaître « hors sol », imaginaire et un peu fou, est pour moi une catharsis nécessaire.
C’est aussi une tentative pour reprendre en main quelque chose : proposer une fiction où raconter devient un acte de résistance à la fabrication officielle du récit et à l’anthropocentrisme. Nous ne sommes peut-être pas seuls dans l’univers, et nous n’avons certainement pas réponse à tout.
Que reste-t-il à raconter quand la science ne suffit plus, et que seule la conscience pourrait sauver notre espèce ?