Orane Palmieri interprète Girls & Boys sur un plateau noir Retour aux projets

Girls& Boys

Texte de Dennis Kelly, mis en scène et interprété par Orane Palmieri.

« J’ai rencontré mon mari dans la file d’embarquement d’un vol easyJet et je dois dire que cet homme m’a tout de suite déplu. »
Format
Théâtre · seule en scène
Création
2023
Texte
Dennis Kelly
Durée
1h10
Mise en scène et jeu
Orane Palmieri

Le récit d’une survivante.

La phrase, qui ouvre la pièce de Dennis Kelly, embarque d’emblée dans une comédie déjà empreinte d’une très grande ironie. Une femme y raconte des événements de sa vie : la rencontre avec son mari, son entretien d’embauche, sa relation de couple de plus en plus fragile, les colères et la douceur envers ses deux jeunes enfants. Elle finit par livrer, de manière bouleversante, un événement tragique et glaçant dont elle est la survivante.

Une mécanique dramaturgique subtile

Ce qui interroge dans cette pièce, c’est la mécanique subtile mise en place par Dennis Kelly pour suggérer, sans la dénoncer, cette grande violence. Des indices sont semés tout au long de la pièce, mais ce n’est qu’à la fin que tout se dénoue, que tout est réellement mis à nu : la souffrance et le traumatisme. Tous les événements forment un ensemble extrêmement bien tissé, d’une force dramaturgique rare.

Ce qui est à l’œuvre dans Girls & Boys est d’une grande finesse. Cette femme, d’une légèreté apparente, est en vérité la survivante d’une société patriarcale dominante et écrasante. La complexité des relations de couple, des relations au travail et de la vie de famille, ainsi que le rapport entre liberté, choix individuels et vie amoureuse, sont au cœur de la pièce.

Orane Palmieri sur scène auprès d’une lampe éclairée dans Girls & Boys
Photo : Manon Allard
« Ce n’est pas une opinion, un point de vue ou une déclaration polémique pour donner à réfléchir. C’est juste un fait, froid, brutal : 95 % des gens qui font ça sont des hommes. »

Les violences vicariantes

Au fil de mes recherches, je suis tombée sur des témoignages, celui de Carole Rognon par exemple, et sur ceux d’autres femmes dont les enfants ont été assassinés par leur conjoint. La parole de cette femme anonyme a alors pris une dimension tout autre : réelle, presque documentaire, dépassant la simple fiction.

Un souvenir que j’avais oublié — mais comment l’oublier ? — a ressurgi et m’a confirmé la nécessité de m’emparer de ce sujet. Je devais avoir neuf ans lorsque ma mère m’a tendu un journal en rentrant à la maison. Une ancienne camarade de classe venait d’être tuée par son père, qui s’était suicidé par la suite. En retrouvant l’article, j’ai pu lire cette première phrase : « Il ne supportait pas que sa femme le quitte. »

Aujourd’hui, le terme de violences vicariantes, trop peu utilisé, m’éclaire sur ces faits de violence conjugale.

Comment, dès lors, prendre la parole ?

C’est par un immense élan de vie, une joie et une grande générosité que cette femme se confie. Et peut-être aussi se répare-t-elle. Elle place son histoire avant tout autre chose, en dehors de tout discours théorique : elle conduit le spectateur dans des questionnements intimes en vérité beaucoup plus forts.

Le constat de l’horreur fait, elle semble toutefois rassurer les spectateur·rices. La force dégagée offre un socle solide qui permet une parole poignante, franche, sans chichi. Nous sommes au-delà de la colère, même s’il y en a, au-delà de la peur ou du sentiment d’injustice : nous sommes dans un processus de reconstruction. Parfois violents et choquants pour les spectateur·rices, car terriblement vrais, intimes et incontestables, les faits sont là et parlent d’eux-mêmes.

Infos techniques

Texte
Dennis Kelly
Traduction
Philippe Le Moine
Durée
1h10
Public
À partir de 14 ans
Mise en scène et jeu
Orane Palmieri
Assistante
Charlotte Mosser
Lumière
Manon Allard
Soutien
Le Théâtre du Champ de Bataille, le CRR d’Angers en partenariat avec Le Quai CDN, l’Université d’Angers et le Grand Théâtre d’Angers.